Du risque à la prévention : Dialogue sur le ruissellement des eaux

Val-de-Ruz : une collaboration pour protéger le territoire

Dans la commune de Val-de-Ruz, la prévention contre les dangers naturels est devenue une priorité. Daniel Geiser, conseiller communal, et Elisenda Bardina, experte en prévention éléments naturels à l’ECAP, expliquent comment autorités publiques et propriétaires privés collaborent pour protéger le territoire contre le ruissellement.

Des risques bien identifiés

« Les principaux risques que nous avons dans la commune de Val-de-Ruz sont les vents, les pierres, les rochers, les eaux », explique Daniel Geiser. Dans ce dernier cas, la région a subi plusieurs événements importants de crues ou de ruissellement. « Aujourd’hui, la question de la prévention est déterminante. »

Le rôle des autorités publiques est de protéger globalement la population, notamment autour des zones d’habitation, avec des bassins de rétention, des zones de captage d’eau, la renaturation de cours d’eau et la création d’andins ou de murets. Le conseiller communal donne l’exemple de Fontaines où, pour des raisons techniques et légales, il n’est pas possible d’utiliser les conduits d’évacuation usuels. « C’est pourquoi, on a demandé aux propriétaires de prendre des mesures à l’objet », c’est-à-dire sur leur immeuble.

L’accompagnement de l’ECAP

Elisenda Bardina explique le rôle de l’ECAP : conseiller les propriétaires de bâtiments sur la prévention contre les éléments naturels et les soutenir techniquement et financièrement. Dans le cadre de la campagne “Pas dans ma maison”, l’ECAP subventionne les honoraires des bureaux d’ingénieurs de 50% jusqu’à 100% et les travaux à hauteur de 50%.

« La collaboration entre acteurs publics et privés est très importante parce que tout seul, on n’y arrive pas », insiste-t-elle. Chacun doit jouer son rôle, que ce soit la Confédération, le Canton, la Commune et le propriétaire. « Là où il y a un déficit de sécurité, c’est également au propriétaire de jouer son rôle et de protéger son bâtiment. »

Un message d’encouragement

« Profitez de notre action, demandez des diagnostics gratuits, faites étudier votre bâtiment, prenez des mesures. Parce que vous serez parés pour le futur », encourage Elisenda Bardina.

Daniel Geiser conclut avec un message rassurant : « Les autorités analysent la situation de manière globale, en collaboration avec différentes instances dont l’ECAP. Nous espérons que pour l’avenir, on puisse travailler en bonne intelligence comme on l’a fait jusqu’à présent. »

Repenser l’aménagement contre le ruissellement

Un escalier qui retient l’eau

L’origine du problème est rapidement identifiée. L’escalier extérieur forme une cuvette qui retient l’eau lors de fortes précipitations. Le système d’écoulement existant n’est pas suffisamment dimensionné pour évacuer les volumes d’eau importants. Résultat : l’eau s’accumule et finit par s’infiltrer sous la porte d’entrée.

La solution : repenser l’aménagement extérieur

Face à cette situation, Benjamin Chapuis et ses co-propriétaires mandatent l’atelier Haldi pour trouver la meilleure solution. Après analyse, le choix se porte sur une intervention structurelle : casser une partie de l’escalier existant, le prolonger dans le terrain et supprimer définitivement cette cuvette problématique. L’objectif est de créer un écoulement naturel qui dirige l’eau directement dans le terrain et l’herbe, évitant ainsi toute accumulation.

Des travaux qui portent leurs fruits

Les travaux sont aujourd’hui terminés. L’escalier a été reconfiguré, l’évacuation fonctionne de manière optimale et les fortes pluies s’écoulent désormais naturellement dans le terrain. Les paysagistes apporteront quant à eux les dernières touches pour intégrer harmonieusement ces aménagements.

Le rôle déterminant du soutien financier

Benjamin Chapuis le souligne : de tels projets nécessitent des moyens financiers conséquents et impliquent discussions et prises de décision collectives. L’aide du programme « Pas dans ma maison » a été déterminante pour franchir le pas.

Aujourd’hui, la sérénité est retrouvée. Le problème est réglé et le bâtiment peut supporter les intempéries sans crainte.

Anticiper plutôt que subir : protéger un immeuble locatif

Un risque identifié : une cour en contrebas

La particularité de cet immeuble réside dans sa cour intérieure, située plus bas que le niveau de la route. En cas de fortes précipitations, cette configuration pourrait transformer la cour en véritable bassin de rétention. L’eau pourrait alors s’accumuler et menacer les caves où les locataires entreposent leurs biens.

Face aux prévisions climatiques et aux événements observés ces dernières années, Georges Chabloz a pris conscience de la nécessité d’agir de manière préventive. Mieux vaut anticiper qu’attendre qu’une catastrophe se produise.

Une solution de prévention adaptée

Suivant les recommandations de l’ECAP, Georges Chabloz a mandaté un ingénieur pour étudier les solutions de protection adaptées. Le choix s’est porté sur l’installation d’une cloison pliante automatique en haut de la rampe d’accès à la cour inférieure.

Ce système se déploie automatiquement et forme une barrière de 40 cm de hauteur, empêchant l’eau de pénétrer dans la cour. Pour garantir une protection complète, le mur d’enceinte de la cour a également été surélevé de la même hauteur, évitant ainsi toute infiltration par l’extérieur.

L’ECAP a joué un rôle informatif dans cette démarche en sensibilisant le propriétaire aux risques liés à la configuration de son bien. Le programme « Pas dans ma maison » l’a encouragé à prendre des mesures préventives adaptées, avant que le problème ne devienne réalité.

L’espoir d’une protection inutilisée

Georges Chabloz l’exprime avec franchise : il espère que ces aménagements seront efficaces, mais il préférerait encore plus ne jamais avoir à les utiliser. Une protection efficace, c’est aussi celle qui rassure sans jamais avoir à servir

Prévention des risques naturels

Un outil de démonstration grandeur nature

Ce moyen didactique permet de former les sapeurs-pompiers, mais aussi de sensibiliser architectes et propriétaires aux mesures de prévention contre les inondations. Lors du colloque suisse ERFA-Tagung de cette année, qui a réuni les experts en prévention Éléments naturels de tous les établissements cantonaux d’assurance des bâtiments, cet outil a pu démontrer concrètement les solutions disponibles et leur efficacité.

Deux types de protection complémentaires

Les équipements de protection contre les inondations se divisent en deux catégories. D’un côté, les éléments de protection fixes qui s’intègrent directement au bâtiment lors de sa construction ou de sa rénovation et restent à demeure.

De l’autre, les équipements mobiles déployés par les sapeurs-pompiers en cas d’intervention lors d’une crue ou de fortes pluies.

C’est la combinaison de ces deux approches qui permet de protéger un bâtiment de manière optimale.

Le rôle crucial des sapeurs-pompiers

Lors d’une intervention inondation, les sapeurs-pompiers assurent avant tout la sécurité des intervenants et des habitants. Ils gèrent les risques liés à l’électricité, aux conduites de gaz et aux refoulements de canalisations qui peuvent représenter un danger immédiat.

Leur mission comprend également la protection des biens matériels : objets de valeur, biens culturels, tableaux, mais aussi le bâtiment lui-même. En déviant l’eau et en protégeant l’immobilier, ils limitent les dégâts et préservent le patrimoine.

L’importance des installations fixes

Les bâtiments dépourvus d’installations fixes posent un vrai problème opérationnel. Les pompiers doivent déployer du matériel après coup, ce qui prend beaucoup de temps et réduit l’efficacité de l’intervention.

À l’inverse, un bâtiment équipé de mesures fixes permet au propriétaire d’agir lui-même rapidement. Ces dispositifs peuvent être activés sans attendre l’arrivée des secours, évitant ainsi de mobiliser les pompiers qui peuvent alors se concentrer sur des interventions demandant d’importantes ressources humaines, comme les incendies.

Une recommandation claire

Le capitaine Chaney le dit sans détour : les propriétaires régulièrement confrontés aux inondations devraient contacter le service prévention de l’ECAP. Ce dernier peut étudier avec eux les mesures adaptées et des subventions sont disponibles pour faciliter leur mise en œuvre.

L’investissement est doublement bénéfique : il fait gagner du temps et évite les travaux fastidieux de remise en état après sinistre. Un choix gagnant pour tous.

Trois installations pour une protection optimale

Une problématique de ruissellement forestier

L’origine du problème était double : quelques erreurs commises lors de la construction et l’eau de ruissellement provenant de la forêt. « L’eau qui vient de la forêt bouche les acodrains devant le portail et devant le garage, et l’eau monte », explique Fabien Musolino. Face à cette situation, il a fallu repenser entièrement le système de gestion des eaux pluviales.

Des solutions multiples et complémentaires

Les travaux se sont déroulés en trois phases distinctes. Dans un premier temps, le goulet d’étranglement qui permettait aux débris d’entrer dans le garage a été supprimé. Ensuite, un acodrain a été installé devant le portail, accompagné de mini barrières le long des clôtures pour empêcher les débris de pénétrer sur la propriété. Enfin, deux systèmes mécaniques anti-inondation ont été mis en place, permettant de bloquer physiquement l’accès de l’eau à la propriété en cas de besoin.

Une collaboration efficace avec l’ECAP

L’ECAP est intervenu pour aider au financement de ces travaux après l’inondation. « Ils sont venus sur les projets parce que j’ai été inondé en fait. C’est plus de la proactivité que de l’activité », souligne le propriétaire. Chacun des trois chantiers a duré environ une semaine, mais leur réalisation était cruciale pour éliminer définitivement le problème de ruissellement.

Une tranquillité retrouvée

Depuis la mise en place de ces trois systèmes, la propriété n’a plus connu d’inondation. Une protection efficace qui permet désormais à Fabien Musolino d’affronter les intempéries avec sérénité.

Protection d’une villa individuelle

Une approche technique concertée

Face à cette situation, Madame Mahy, architecte de formation, s’est tournée vers un ingénieur civil pour élaborer une solution durable. Les travaux entrepris ont ainsi consisté à rehausser les bordures autour de la maison afin de créer une barrière d’au moins 15 cm, à modifier le dévers de la route pour rediriger l’eau vers la forêt, puis à installer un système de drainage destiné à empêcher toute infiltration lors de fortes pluies.

Le soutien de l’ECAP

La participation de l’ECAP s’est révélée essentielle, avec une prise en charge de 100% des études et de 50% des travaux spécifiques anti-ruissellement. Cette aide financière a permis à Aurélie Mahy de concrétiser rapidement les aménagements nécessaires pour protéger sa propriété.

Des résultats probants

Aujourd’hui, la propriétaire exprime une sérénité retrouvée face aux épisodes orageux. « On sait très bien que l’eau n’est plus prête de rentrer dans la maison », se réjouit-elle. Les aménagements ont considérablement réduit le risque, apportant une tranquillité d’esprit durable à cette famille qui avait vécu l’angoisse de voir l’eau envahir son foyer.

Du constat au diagnostic

Une prise de conscience collective

Florence Verdon, copropriétaire à Chez-le-Bart, témoigne des inquiétudes croissantes dans leur PPE face aux inondations répétées. « Au vu de la zone inondable qui se confirme à chaque intempérie, nous avons décidé, avec les autres copropriétaires, de faire appel à un bureau d’ingénieurs. » explique-t-elle. Cette décision s’est imposée après les dégâts observés lors des orages de juin 2024.

Un diagnostic en trois étapes

Le diagnostic s’est déroulé en trois étapes. D’abord, les copropriétaires ont contacté des ingénieurs partenaires de l’ECAP. Ensuite, une visite sur le terrain a permis d’évaluer les risques. Guillaume Moudenc, ingénieur, précise que l’objectif était de valider localement la carte des risques de ruissellement de l’OFEV, d’identifier les points de vulnérabilité du bâtiment et d’évaluer quelles mesures pourraient être mises en œuvre pour protéger la copropriété.

Enfin, un rapport succinct a été élaboré et, une fois validé par l’ECAP, il sera remis aux copropriétaires.

Des solutions adaptées aux besoins

L’analyse a mis en évidence plusieurs mesures de protection possibles contre le ruissellement. Des solutions simples, comme le rehaussement des sauts-de-loup, sont recommandées. Des mesures plus complexes, comme la création d’écrans de protection pour détourner l’eau, nécessiteront un accompagnement spécialisé.

Une collaboration essentielle avec l’ECAP

Pour l’ECAP et les copropriétaires, l’objectif commun est de trouver des mesures efficaces tout en maîtrisant les coûts. Florence Verdon conclut en indiquant que la copropriété attend maintenant le rapport validé par l’ECAP, avec l’espoir de solutions parfaitement adaptées à leurs besoins.

Bilan et Perspectives de la campagne

Prévention ciblée envers les propriétaires

L’ECAP a pris l’initiative de contacter directement les propriétaires en leur envoyant une carte détaillant les risques auxquels leurs bâtiments sont exposés, accompagnée d’une invitation à des séances d’information. Ces réunions, organisées de manière décentralisée dans les montagnes, dans les vallées et sur le littoral neuchâtelois, ont permis de répondre aux questions des participants tout en leur fournissant des explications précises sur les mesures à adopter.

Réaction positive

La réaction des propriétaires a été très positive, avec une forte affluence aux séances. « La simplicité de la démarche et les coûts abordables des mesures ont permis de toucher un large public », affirme Jean-Michel Brunner. Ces séances ont, non seulement, facilité la compréhension des enjeux, mais aussi encouragé les détenteurs de propriété à s’engager dans la mise en œuvre de solutions pour protéger leurs biens.

Mesures concrètes, démarche simple

À ce jour, 208 dossiers de demandes ont été déposés, certains étant déjà finalisés, tandis que d’autres sont en cours de réalisation. La campagne se veut incitative, avec une offre de diagnostic gratuit pour évaluer les risques. Ensuite, l’ECAP prend en charge 50 % des coûts des études complémentaires, ainsi que 50 % des frais pour la mise en œuvre des mesures. Cette approche permet aux propriétaires de bénéficier d’un soutien financier conséquent pour sécuriser leurs bâtiments.

Une initiative essentielle

Bien que difficile à mesurer avec précision, cette campagne de prévention est primordiale face à l’augmentation des phénomènes climatiques violents. Jean-Michel Brunner souligne que celle-ci se poursuivra jusqu’à fin 2028. « Chaque année, nous ferons des piqûres de rappel, notamment après des événements marquants, pour que les propriétaires n’oublient pas qu’ils peuvent toujours bénéficier de ces subventions », conclut-il.

Regard d’expert

RISQUES POUR LES PERSONNES ET LES BIENS

Les risques liés au ruissellement se manifestent de deux manières. D’une part, ils menacent la sécurité des personnes, comme l’ont illustré les récents événements climatiques à Dombresson et à La Chaux-de-Fonds, entraînant des blessures, voire des décès. D’autre part, le ruissellement peut causer des dommages qui touchent les bâtiments privés et publics, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, ce qui concerne directement l’ECAP. 

RESSOURCES ET SOLUTIONS ADAPTÉES PAR L’ECAP

Pour faire face à ces défis, l’ECAP mobilise des ressources variées, incluant des compétences spécialisées et un soutien financier pour les expertises et les travaux de protection des bâtiments. Les solutions proposées sont adaptées à chaque cas spécifique. L’accent est mis sur la simplicité et l’efficacité tout en minimisant les interventions humaines, car il peut être difficile d’activer une réponse en temps opportun lors des événements de ruissellement.

L’IMPORTANCE DE LA SENSIBILISATION

Une approche proactive est au cœur de la stratégie de l’ECAP. Les efforts pour informer les différentes parties prenantes ont démontré leur efficience au cours de l’année écoulée. Monsieur Grossenbacher explique : « Cette prévention amène une sensibilisation des différentes personnes concernées par des biens face aux dangers de ruissellement. J’ai eu l’occasion de faire un peu plus d’une vingtaine d’expertises ces douze derniers mois. Mais si on considère le nombre d’experts, on se rend compte qu’il y a encore énormément de bâtiments qui nécessitent un regard d’expert et peut-être même une intervention pour qu’ils soient préservés ou protégés face à ces risques. » Prévenir est essentiel pour garantir la protection des infrastructures contre les risques du ruissellement.

Installation d’un Klappschott

Sensibilisation et prise de conscience

Monsieur von Bergen explique que la situation d’inondation récurrente les a poussés à rechercher une solution durable : « Nous avions déjà une installation provisoire, mais peu fiable. Parfois, la sonde de détection se perdait ou causait même de fausses alertes. Avec la nouvelle solution, qui est simple et mécanique, nous avons éliminé les besoins en installations électriques. Cela nous offre une situation beaucoup plus pérenne. »

Prévenir pour l’avenir

Même si la nouvelle installation n’était pas initialement envisagée par les architectes, ils ont su s’adapter à la situation existante. « En tant qu’architectes, nous préférons intégrer ce genre de solution en amont. Toutefois, dans ce cas précis, nous avons dû l’intégrer dans un bâtiment existant. Grâce à l’aspect industriel du bâtiment, nous avons pu faire en sorte que le Klappschott se fonde le mieux possible dans l’architecture de l’entrée de l’immeuble. »

Un défi relevé

L’installation du Klappschott n’a pas été sans défis. « Le principal défi a été de travailler avec les ouvriers et les entreprises, notamment le façadier, pour intégrer l’installation de manière harmonieuse dans le bâtiment. Il est bien visible, mais il s’intègre aussi dans l’architecture. »

Un bilan positif

En plus du Klappschott, d’autres mesures ont été prises pour protéger le bâtiment contre le ruissellement. « Nous avons profité de transformer le quai de déchargement en un grand saut-de-loup. Nous avons également surélevé tous les sauts-de-loup pour empêcher l’eau d’entrer à l’avant et à l’arrière du bâtiment. »