Ce que disent les chiffres

En 2024, le canton a enregistré 103 sinistres liés au ruissellement, pour un coût moyen de 11’695 francs par cas. En 2025, les cas ont été moins nombreux (35 sinistres), mais le coût moyen reste significatif : 8’900 francs. Et ces moyennes masquent des réalités très contrastées : les montants réels s’échelonnent entre 550 et 70’000 francs selon l’ampleur des dégâts.

Dans la répartition des coûts, ce sont les sols et murs qui absorbent environ 80% de la facture. Viennent ensuite le séchage et le traitement des moisissures (env. 15%), puis les dégâts électriques (env. 5%).

Deux cas réels, deux réalités

Cas 1 – Immeuble en PPE à Neuchâtel

Le 20 août 2025, un orage avec pluie torrentielle provoque une montée d’eau d’environ 40 cm dans le garage d’un immeuble en propriété par étages. L’eau s’infiltre sous les chapes isolées du hall d’entrée et de la cage d’escalier, endommage les crépis et les peintures par des remontées capillaires, inonde la fosse d’ascenseur – touchant le convertisseur, la commande de rappel et l’éclairage de gaine – et nécessite le nettoyage complet du garage ainsi que le nettoyage de la grille d’évacuation.

Coût total : environ 25’000 francs. Durée des travaux : 3 mois.

Une porte étanche entre le garage et le hall d’entrée, voie d’entrée principale de l’eau, aurait probablement suffi à éviter l’essentiel des dégâts.

Coût estimatif de cette mesure préventive : 10’000 francs.

Cas 2 — Villa individuelle au Val-de-Ruz

Le 21 juillet 2025, un second orage. Cette fois dans une villa individuelle, avec une hauteur d’eau atteignant 50 cm. Les dégâts touchent les sols (nettoyage, assèchement), les portes de communication intérieures dont deux portes coupe-feu EI30, le lave-linge et le sèche-linge, ainsi que la chaudière, dont le contrôle s’est avéré nécessaire.

Coût total : environ 12’000 francs. Durée des travaux : 2 à 3 mois.

Ce sinistre a particulièrement marqué l’expert : « Les propriétaires venaient d’acheter la maison. Ils étaient très préoccupés d’avoir fait un mauvais choix et de ne plus pouvoir dormir lors des prochaines pluies. » Une situation financièrement contenue, mais humainement éprouvante pour de nouveaux propriétaires.

Ce que l’expert voit que les propriétaires ne voient pas

L’eau sous les chapes. C’est le dégât le plus systématiquement sous-estimé. Elle ne se voit pas, elle ne s’entend pas – mais si elle n’est pas aspirée et asséchée correctement, elle engendre des dommages importants aux isolations, aux revêtements, et favorise l’apparition rapide de moisissures. Le délai de séchage nécessaire varie entre 10 et 45 jours selon les situations ; les travaux de rénovation qui s’ensuivent prennent en moyenne 4 à 6 mois.

L’erreur n°1 après un sinistre ? Croire qu’une fois l’eau « visible » évacuée, il n’y a plus rien à faire. Ne pas faire appel à ses assurances ou à une entreprise spécialisée pour assécher correctement est une décision qui se paie souvent, malheureusement, très cher.

Comment se passe une intervention de l’ECAP ?

Lors d’un sinistre, une visite sur site est organisée pour évaluer les dégâts, identifier la cause exacte et l’origine de l’eau – submersion, infiltration ou refoulement – et déterminer si le sinistre relève de la prise en charge de l’Établissement. L’expert définit ensuite l’ampleur des travaux, en estime le coût et fait le point avec le propriétaire pour organiser les mesures de sauvegarde et les réparations.

Une collaboration avec les assureurs privés est fréquemment mise en place, notamment pour coordonner les interventions des entreprises et maîtriser les frais annexes comme le déblaiement.

30% des sinistres auraient pu être évités

C’est l’estimation de l’expert : environ un sinistre sur trois aurait pu être prévenu ou du moins contenu par une mesure de protection, parfois très simple et pas nécessairement coûteuse. Ce constat est aussi ce qui frustre le plus dans le métier : « Constater, une fois qu’il est trop tard, que certains dégâts auraient pu être évités par quelques mesures de prévention facilement mises en place. »

Face aux propriétaires qui pensent être à l’abri, le message est direct : « Cela n’arrive pas qu’aux autres. Ne rien faire n’est pas une solution. Après, il est trop tard. »

C’est précisément pour encourager ce passage à l’acte que l’ECAP a lancé la campagne Pas dans ma maison. Avec des événements météorologiques de plus en plus intenses et imprévisibles, elle invite chaque propriétaire à faire le point sur la vulnérabilité de son bien. Des professionnels sont disponibles pour vous accompagner, identifier les points faibles de votre bâtiment et mettre en place les protections adaptées : avant le sinistre, comme après.

Article réalisé sur la base d’une interview d’un expert sinistres de l’ECAP, mars 2026.